Diaporama photos de Claude : St Nazaire Orléans

lundi 6 septembre 2010

En route vers le Delta du Danube

Oltenita – Silistra ; 4 et 5 septembre

Nous revenons en bus de Bucarest à Oltenita pour récupérer nos vélos. Surprise à l’arrivée, le restaurant où nous avions laissé nos vélos est fermé ! On se renseigne au bistrot qui est en face et l’on nous dit que les propriétaires sont à un mariage et qu’ils reviennent vers 18H00…finalement quelqu’un du café téléphone et le serveur du restaurant revient très gentiment nous ouvrir le local. Ensuite nous nous mettons à la recherche d’un hébergement, compliqué aujourd’hui à Oltenita il y a des mariages les deux hôtels sont pleins ! Une jeune fille d’un des deux hôtels parle français et nous propose un hébergement chez sa grand-mère, ce que bien sûr nous acceptons. 
Nous sommes donc logés dans cette famille où l’on nous met deux chambres à notre disposition. Le lendemain matin, la jeune fille qui nous avait proposé cet hébergement est présente et nous prépare un petit déjeuner. Nous discutons un peu avec elle car elle parle très bien le français. Elle est étudiante à Bucarest en géographie et travaille durant l’été à Oltenita sa ville natale. 
Pour nous cette rencontre est l’occasion de loger chez des habitants et de connaître un peu mieux les conditions de vie ici pour une famille. Conditions évidemment difficiles, le climat est rude, cet hiver elle nous dit qu’il y avait près d’1,50 m de neige ; les routes sont impraticables, et l’été c’est la canicule avec 40° comme nous avons eu l’occasion de le constater…les transports ne sont pas très rapides. Cette jeune étudiante nous laisse une impression de très grand dynamisme, sa maîtrise du français et nous supposons également de l’anglais nous laisse à penser qu’elle se débrouillera bien une fois ces études terminées…
Nous reprenons nos vélos pour nous diriger vers la ville de Calarasi distante d’une soixantaine de km, le profil de l’étape est plutôt plat, le paysage est un peu monotone et c’est assez rapidement que nous arrivons aux abords de Calarasi. Les ruines d’un ancien complexe industriel font office d’accueil. On ne sait pas trop si les immenses cheminées ne sont pas les vestiges d’une centrale nucléaire…le spectacle est plutôt triste. 
Nous avons d’ailleurs appris par cette jeune étudiante d’Oltenita que l’industriel indien Mittal a racheté ARCELOR a également racheté l’ensemble de la sidérurgie roumaine….peut être et sans doute pour la récupération des métaux….
Nous n’entrons pas dans Calarasi mais nous allons directement vers le Danube pour le traverser par un bac afin de rejoindre la rive droite et la ville bulgare de Silistra. Là nous trouvons un superbe hôtel au bord du Danube…un 5 étoiles au prix d’un formule 1 en France…













piscine, sauna, restau sur les bords du Danube quoi rêver de mieux après une journée de vélo ….

Silistra – Cernavodă ; 6 septembre

Au départ nous nous étions fixés Ion Corvin comme ville d’arrivée à un peu plus de soixante km, finalement nous irons un peu plus loin à Cernavodă mais au total cela fera 105 bornes. Étape donc un peu longue mais surtout très vallonnée. De belles bosses vont jalonner le parcours. En plus particularité, la route a des portions pavées, c’est Paris Roubaix qui s’annonce ! 
Mais nous retrouvons un beau paysage de collines ; de temps en temps nous dominons le Danube 
et puis nous plongeons vers le bord de ce fleuve pour retrouver une atmosphère qui rappelle les bords de Loire. 
En haut d’une côte, c’est un joli monastère que nous visitons.
Régulièrement nous croisons ou nous doublons les petites charrettes servant de moyens de transport comme chez nous autrefois.

Le Danube finit son parcours encore une centaine de km et il atteindra la Mer Noire. Bientôt c’est le delta qui va se former à Cernavodă nous traversons le canal qui arrive de Constanta et qui permet aux péniches de remonter de la mer Noire vers le Danube. Le trafic maritime est ainsi assuré et permet de faire le commerce des marchandises jusqu’à la frontière de l’Allemagne. Ce canal gigantesque,  terminé en 1984, aura nécessité plus de terre transportée que le canal de Suez !

Mais pour arriver à Cernavodă, les derniers vingt km auront été durs !! Nous pensions qu’arriver à Rasova nous en avions fini avec les côtes ; grossière erreur ! Elles sont toujours là !! Et elles sont raides à peu près 10 % à 10 km on s’arrête dans un petit village située à flanc de colline. 
On prend un pot sous une espèce d’aubette attenante à une épicerie. C’est apparemment le seul lieu de vie de ce village où s’arrête le bus. Des jeunes sont là …on échange un peu avec eux mais c’est compliqué la barrière de la langue est un rude obstacle, l’un d’eux revient au bout d’un moment avec des bières qu’il nous offre. C’est difficile de refuser mais nous lui faisons comprendre que nous ne pouvons les boire car il nous reste encore des km à faire et en plus le redémarrage en plein côte va être des plus problématiques !!!
Effectivement on ne s’en était pas aperçu mais la route qui traverse ce village remonte encore durant près d’un km à environ 10 % ; des bières par là-dessus et c’était fatal !
On atteint finalement Cernavodă vers 18H00 et avec beaucoup de mal nous trouvons un hôtel, qui doit servir dans la journée d’hôtel de passe et dans la nuit d’hôtel pour les travailleurs roumains car l’hôtel est plein…et on a un peu chance je pense en y trouvant une chambre….

Cernavodă – Harsova ; 7 septembre

Surprise ce matin au départ un groupe d’allemands une quarantaine est sur notre route. Il s’agit d’un groupe, sans doute des retraités, qui voyage léger avec un car tirant une remorque pour mettre les vélos. Ils sont partis depuis environ une semaine et rejoignent eux aussi le delta du Danube en étapes d’une cinquantaine de km …C’est une option certainement très confortable mais pour nous un groupe de trente à quarante c’est un peu trop …et très envahissant quand on traverse des villages où il n’y a même pas un bistrot et tout juste une épicerie….nous on est très bien tous les deux avec nos vélos lourdement chargés mais libres comme le vent qui nous pousse vers le delta du Danube. Le profil du parcours est toujours aussi accidenté. C’est du genre bords de Loire avec des côtes comme à Champtoceaux pour ceux qui connaissent. Côtes qui varient entre 800 et 1500 m avec des pentes qui doivent parfois dépasser les 10 %. Nous avançons tranquillement allant de collines au bord du Danube pour remonter de ce bord vers une autre colline d’où nous dominons le fleuve qui s’élargit considérablement. 

 
 
 
Après le village de …où nous prenons un pot avec le groupe d’allemands qui nous a rejoint nous atteignons une voie à grande circulation que nous empruntons durant 7 à 8 km …puis devant le danger que représentent les camions nous préférons la quitter à un croisement pour rejoindre un petit village. Mais sur ce trajet que nous avons choisi, nous sommes sortis de l’itinéraire classique et nous n’avons plus de cartes précises aussi c’est au feeling que nous nous dirigeons. Nous atterrissons dans un village où la route goudronnée s’arrête. Peu d’habitants ; visiblement les rares personnes que nous croisons voient pour la première fois débarquer des cyclistes….On essaye tant bien que mal de demander la direction mais ce n’est pas évident. C’est ainsi qu’on se retrouve dans des chemins pour les charrettes ou les machines agricoles dans les champs de tournesols….
C’est un peu l’aventure ! Finalement à force de demander et en fonction de notre sens de l’orientation (le soleil est bien visible, on n’a pas de boussole…ce qui serait parfois utile d’ailleurs)  on se retrouve à descendre un chemin 
qui nous ramène sur une route en bord du Danube d’où nous pouvons rejoindre la ville d’Harsova. 
 
 
Là nous trouvons une petite pension à la sortie de la ville. 
 
C’est pas notre hôtel 5 étoiles de l’autre jour mais cela suffit grandement pour prendre une douche, manger, dormir. 
Les serveuses roumaines sont très gentilles. Ici sur cet itinéraire les cyclistes comme nous sont très rares (les allemands ont leur car et rejoignent chaque soir un hôtel bien plus « class »  et l’accueil est souvent très sympa…je ne suis pas sûr qu’en France les roumains soient si  bien accueillis !!!! Nous voilà donc bien installés dans cette petite pension, 
alors qu’un petit orage éclate…et que nous entendons le « doux ronronnement » des moteurs des camions et des voitures (ah oui nous sommes en bordure de la nationale et ça roule fort !!) Demain on franchira le Danube par un pont pour rejoindre la rive gauche et pour remonter vers les frontières moldave et ukrainienne on verra comment ensuite ajuster notre itinéraire pour rejoindre Tulcea la ville roumaine qui est notre « terminus » puisque le Danube débouche là par son vaste delta dans la mer Noire.


dimanche 5 septembre 2010

Bucarest

Bucarest 2 et 3 septembre

Bucarest est une ville qui souffre sans doute de beaucoup de clichés et fausses représentations. Ceausescu, dans sa mégalomanie, voulait en faire une ville « impériale ». 
Il a effectivement fait beaucoup de dégâts en détruisant une partie du vieux Bucarest et en reconstruisant des bâtiments monumentaux et pratiquement tous dans un même style qui se rapproche du style empire. Peut être et cela ne serait pas surprenant était-il inspiré par Napoléon. 
Mais finalement de ces édifices monumentaux, le Parlement serait le bâtiment le plus grand du monde après le Pentagone, il se dégage de cette architecture une certaine esthétique qui vient démentir les fausses idées que l’on pourrait avoir de la capitale de la Roumanie. Il est bien évident qu’il ne faut pas rendre hommage à ce dictateur mégalo, mais nos rois de France ont aussi construit de très beaux châteaux alors que le peuple français vivait dans la misère et criait famine.
Bucarest est donc une ville où ces édifices s’imposent avec prestance, de même que les avenues ou les boulevards immenses.
Mais il suffit de sortir de ces grandes avenues 
pour entrer dans des vieux quartiers où l’on peut voir de nombreuses églises, 
d’anciennes maisons, souvent à colonnades, l’origine roumaine est toujours présente dans l’architecture des maisons. 
Et puis le centre historique est en ce moment en pleine rénovation. Des plateaux piétonniers sont en train d’être conçus,
les terrasses des cafés sont animées. Un peu comme Belgrade, Bucarest est une ville dynamique, jeune. On s’y déplace facilement par le métro voire en vélo puisque nous-mêmes en avons utilisés, prêtés gratuitement par une association « Green Révolution » pour une durée de deux heures. 
Bucarest est même dotée d’un réseau de voies cyclables.
C’est vrai, c’est un réseau un peu restreint mais nous avons circulé assez facilement dans la ville ce qui nous a permis de la visiter quasiment entièrement.
Pour revenir à ces édifices il est bien évident que ce qui est devenu aujourd’hui le Parlement et qui était le palais de Ceausescu est impressionnant. Quand je l’ai vu de face à partir de la façade principale j’avais en souvenir cette vidéo de décembre 1989 où l’on voit Ceausescu prononcer son dernier discours et l’interrompre puisque sur cette place éclatent des manifestations dont on sait aujourd’hui qu’elles sont loin d’être spontanées.
Puis ne pouvant continuer son discours le dictateur s’enfuit en hélicoptère. On connait la suite, une parodie de procès qui sera diffusé sur une vidéo, puis une exécution immédiate du couple Ceausescu. Si on ne va pas pleurer sur cette fin, on ne peut que regretter qu’il n’y ait pas eu un véritable procès qui aurait permis de démonter les mécanismes du système et d’entendre les différents responsables de ce régime totalitaire. Mais sans doute beaucoup de personnes  et pas seulement les responsables roumains, avaient intérêt à ce que ces procès n’aient pas lieu….
Vingt après, la Roumanie est entrée dans l’U.E. à mes yeux c’est trop tôt compte tenu des écarts de développement avec l’Europe occidentale d’autant que le manque de contrôle sur les subventions a entraîné une corruption très importante. Mais les faits sont là, la Roumanie se développe, elle n’est plus seulement le pays où l’on fabrique des produits « low cost » (toutefois ici le premier prix de la Dacia Sandero est à 5.900 €) ; son infrastructure de transport s’améliore, l’agriculture se modernise, les entreprises bancaires, les assurances investissent beaucoup ici. Une classe moyenne est en train d’émerger. Tout cela malheureusement dans des déséquilibres importants tant au niveau des territoires qu’au niveau de la population. Mais point positif dans les projets de développement assurés par l’Europe, le volet social est très présent, dans chaque territoire  les projets de développement prévoient l’amélioration des constructions scolaires, la mise en place d’un réseau de soin, la mise en place de centres médico sociaux je suis très critique sur les politiques européennes, je dois reconnaître qu’ici l’Europe investit également dans le domaine social et c’est tant mieux.

vendredi 3 septembre 2010

Arrivée à Bucarest

Giurgiu - Oltenita ; 2 septembre ; arrivée à Bucarest

Nous commençons à accuser un peu de fatigue, pour moi c'est mon 40ème jour de vélo... et nous décidons aujourd’hui d’aller jusqu’à Oltenita distant d’environ 70 km et de cette ville de rejoindre Bucarest par le bus. Dominique lui continuera vers les côtes de la Mer Noire, il connait assez bien Bucarest pour y aller régulièrement dans le cadre de son travail. Le vent est toujours aussi fort et il va continuer à nous aider dans notre progression. Nous sortons de Giurgiu par une route quatre voies en utilisant la bande d’arrêt d’urgence. Il n’y a pas d’autre solution mais la circulation n’est pas très importante ce qui rend l’utilisation de cette route assez facile. Il faut dire que depuis notre entrée en Roumanie, les aménagements spécifiques vélos sont inexistants et la signalétique EV 6 également. De manière assez surprenante, la Serbie, ainsi que la Croatie qui ne font pas partie de l’U.E. disposent d’une très bonne signalétique EV 6, la Bulgarie et la Roumanie qui sont les deux derniers pays à être entrés dans l’U.E. n’en ont pas…alors que les eurovélos sont des programmes européens. Paradoxal !
Je pense également qu’il faudrait penser les aménagements des villes de ces deux pays en intégrant dès maintenant une infrastructure vélo en site propre. Actuellement les rues des villes sont surdimensionnées, la circulation est faible mais ira forcément en augmentant. Si l’U.E. veut favoriser des modes de transport moins gourmands en énergie, plus respectueux de l’environnement alors il faut favoriser dans les villes les transports collectifs et le vélo. 
Les gens ici utilisent beaucoup le vélo pour se déplacer, c’est comme chez nous dans les années 50 mais si on ne veut pas qu’ils fassent les mêmes erreurs que nous qui sommes passés avec l’augmentation du pouvoir d’achat du vélo à la mobylette puis à la voiture. Les pouvoirs publics, dont l’U.E., qui est le principal financeur des projets ici, doivent inciter les gens à garder leurs vélos en rendant confortable son utilisation et en sécurisant comme en Hongrie (pays le plus proche) les voies cyclables.
Il faudrait donc anticiper en profitant de ces immenses rues dans les villes pour les restructurer en partie en voies cyclables séparées de la chaussée voiture.
Idée à suggérer aux "Verts européens" qui sont présents en Roumanie..



Après une quinzaine de km nous quittons cette voie à grande circulation qui mène à Bucarest et nous nous engageons par une petite route vers Oltenita. La région ici est plus riche, les villages traversés sont en réaménagement. À la pauvreté que nous observions ces derniers jours dans les zones rurales succède une impression de territoires engagés dans une dynamique de développement. La chaussée de cette petite route est en très bon état. Bandes centrales et latérales sont bien tracées. Avec le vent on va très vite et sans trop de fatigue. On atteint en début d’après midi Oltenita où nous déjeunons dans un petit restaurant. La jeune fille qui nous sert parle assez bien l’anglais et nous lui demandons si nous pouvons laisser nos vélos durant deux jours ici. Au début elle nous répond que cela n’est pas possible puis finalement après en avoir discuté avec une autre personne, sans doute le propriétaire, mais on n’en est pas très sûr…celui-ci accepte et nous laissons nos vélos dans un local attenant au restaurant.
Dominique reprend la route tout seul vers les côtes de la Mer Noire. Il doit être de retour en France pour le 6 septembre pour reprendre son travail. De notre côté nous préparons un sac et nous allons prendre un bus qui nous amènera à Bucarest en une petite heure.
À Bucarest nous avons réservé une chambre à l’hôtel « BERTHELOT » 
et oui ce nom est célèbre en Roumanie…Il s’agit d’un général, Mathias BERTHELOT, qui avait pris la tête d’un régiment français durant la première guerre mondiale et qui avait aidé la Roumanie à combattre contre les allemands et à garder son indépendance. Il semble qu’ici il soit connu comme un héros national. 
Je connaissais un peu ce général, car mon grand père paternel avait combattu ici en Roumanie et à Thessalonique et un jour alors que son commandant d’unité lui demandait s’il était de la famille du général Berthelot il répondit « Bien sûr, je suis son neveu ! » évidemment c’était totalement faux et il écopa de quelques jours d’arrêt !

mardi 31 août 2010

Entrée en Roumanie


Vidin – Zaval ; 30 août

Nous prenons un ferry ce matin pour franchir le Danube
et aller à Calafat, la ville roumaine en face de Vidin. Normalement un pont devait être construit pour 2008 ; mais visiblement il y a eu beaucoup de retard car on ne voit encore que quelques piles émerger du Danube. 
Au passage de la frontière le douanier est très heureux de regarder les différents visas de nos passeports, il est vrai que le mien est quasiment tout rempli…et comme on pense pousser un peu vers l’Ukraine, il risque de ne plus avoir de pages  vierges et il n’a que 7 ans…
La première impression en entrant dans ce pays est celle d’arriver dans un pays où règne beaucoup de pauvreté…Maisons souvent en mauvais état ; détritus, plastiques partout …après un retrait d’argent au DAB de la Société Générale…(les banques françaises sont très présentes ici…notamment le Crédit agricole) nous partons en direction des rives du Danube…on traverse une série de villages qui s’étalent le long de la route…vers midi on s’arrête dans l’un d’entre eux. Curieusement nous nous arrêtons dans un snack bar mais qui ne sert pas de nourriture nous prenons des saucisses grillées à un marchand ambulant et nous les mangeons dans ce bistrot. Les petits commerces sont nombreux ils vendent un peu de tout, cela semble un peu du bric à brac…on est bien loin de nos grandes surfaces mais c’est aussi sympathique même si on ne trouve pas forcément ce que l’on veut. On n’arrive pas à acheter des fruits et c’est bien dommage…
On reprend la route, on traverse des zones rurales très démunies. 
On sait que durant 170 Km on ne trouvera pas de villes. L’étape est difficile car un vent assez fort soufflant de l’Est nous freine énormément, au contraire d’hier où le vent était de l’Ouest et nous aidait bien à avancer sans trop se fatiguer. Le paysage est plat, nous sommes dans la plaine du Danube. Espace plutôt marécageux, les gens nous saluent au passage, les enfants nous envoient des hello et des bye, bye, les automobilistes souvent nous klaxonnent pour nous saluer (pas pour nous faire savoir qu’on les gène !) On double beaucoup de charrettes tirées par des chevaux ; cela aussi c’est nouveau…on voit bien l’énorme fossé entre ce pays et les autres territoires européens que nous venons de traverser. Ici dans ces zones rurales où les touristes ne viennent pas, où les ressources sont faibles on se retrouve dans une atmosphère de pays en voie de développement. Dans les villages, les habitants sont assis sur des bancs le long de la route, ils discutent tranquillement à l’ombre… le temps passe tranquillement. 
Sur les bords des routes, on voit souvent des ouvriers agricoles assis à l’ombre sous un arbre. La soi disante modernité est loin ; mais parfois on aperçoit un engin agricole ultra moderne. 
La basse cour est de sortie sur les routes…canards, oies, dindons, etc….se baladent sur les bas côtés.
Dans l’après midi on s’arrête prendre un pot dans un bistrot…des hommes sont assis sous un parasol, leur teint est très basané, presque noir, certains parlent un peu espagnol, sans doute des ouvriers qui ont été travailler là bas. On sent beaucoup de précarité. On poursuit la route, à un moment la fumée envahit la chaussée car des incendies dans les champs se sont allumés.
À l’horizon, on voit beaucoup de fumée…les champs sont très secs et avec le vent, les verres et les plastiques qui traînent un peu partout, les incendies partent vite. La fin de la journée est un peu difficile avec ce vent qui nous freine et nous demande de forcer sur les pédales. En fin de journée on trouve un terrain de camping à la sortie d’un village à Zaval, c’est à côté du terrain de foot en bordure d’une rivière qui vient se jeter dans le Danube. 
On n’est pas particulièrement très bien accueilli…la jeune femme nous donne l’impression qu’on l’ennuie plus qu’autre chose. Nous sommes les seules personnes, plus tard deux allemandes rencontrées sur le ferry viendront elles aussi planter leur tente. Il y a un restaurant dans ce camping mais quand on demande à manger cela semble très compliqué !! on aura quand même une salade et des frites (pas congelées !!!)
Dans la soirée les propriétaires s’engueulent. Bref ce n’est pas la grande ambiance en attendant on finit du fromage et des gâteaux secs, genre biscuits de guerre, qu’on avait acheté par précaution auparavant car on a pas mal faim après une journée un peu dure (95 km) à cause de ce vent défavorable.

Zaval – Turnu Magurele 31 août

Ce matin il pleut, c’est presque une bonne nouvelle après toutes ces journées sous le soleil brûlant…dans la nuit le vent s’est levé et au petit matin une petite pluie tombait. Rien à voir avec les pluies diluviennes que j’avais connues en Autriche. La température a chuté et on supporte bien une petite polaire. On n’a pas grand-chose à manger, je fais chauffer un peu d’eau pour prendre un café, puis après avoir plié la tente nous prenons la route vers le premier village où nous ne trouvons rien à manger…il nous faut faire quasiment 20 km pour trouver une « pâtisserie » où nous pouvons acheter de quoi nous ravitailler. On ne trouve même pas un café.
Mais bonne nouvelle le vent souffle de l’Ouest et nous porte sans souci vers l’avant. Les villages comme hier s’étalent nombreux le long de la route. Mais je ressens une activité économique relativement faible. Beaucoup de vieux bâtiments abandonnés, anciennes usines, anciennes fermes d’État. On voyage dans des zones très reculées. Les paysans ramassent dans les champs les épis de maïs qu’ils chargent dans leurs petites charrettes tirées par des chevaux ou bien par des ânes. 
On voit aussi beaucoup de chiens errants dans la campagne. Plutôt craintifs ils semblent nous éviter, il parait que certains cyclistes ont été importunés par ces chiens…Le temps est frais au loin sur notre droite on aperçoit les collines de Bulgarie de l’autre côté du Danube. 
Le paysage n’est pas très beau, mais c’est aussi une réalité. Vers 13H30 à l’entrée de Corabia, nous nous arrêtons dans un petit restaurant 
où déjeunent deux cyclistes français qui comme nous sont partis de St Nazaire dans la dernière semaine de juillet. Nous faisons connaissance, ils habitent Nice et viennent d’entrer en Roumanie par le ferry  de cette ville car le côté bulgare du Danube est assez rude. Ici de ce côté c’est plat. Le restaurant  où nous sommes est d’une tristesse infinie…sombre, des caisses de bières sont empilées le long des murs. La patronne est par contre très chaleureuse, elle nous sert une bonne soupe, puis de la viande avec des frites…
Cette ville, Corabia et celle nous arriverons tout à l’heure, sont des villes totalement sinistrées. Les usines qui employaient des milliers d’ouvriers ne sont que des ruines. Turnu Magurele où nous séjournons ce soir est une ville de presque 40.000 habitants. Les artères de cette ville sont immenses ; mais il y a peu de circulation.
Pour cela en vélo on est tranquille. Je ne suis pas un fan de la voiture mais cette absence de véhicules est un indicateur qui révèle une sous activité économique. Le chômage doit être très important ici. Le soir tout est noir, triste. Nous séjournons dans le seul hôtel de la ville. Sans doute un ancien hôtel d’État. Énorme building de 8 étages, sans doute près de 100 chambres, et une dizaine de clients.
Nous retrouvons nos deux français, nos deux allemandes et trois anglais que nous avions rencontrés en Croatie. Le cyclotourisme au moins fait un peu tourner cet hôtel totalement surdimensionné !

Turnu Magurele – Giurgiu ; 1er septembre

Aujourd’hui on a choisi de faire une étape assez longue (125 Km) pour nous rendre à Giurgiu, ville qui se trouve à environ 70 km au sud de Bucarest.  En effet entre les deux villes il y a peu de possibilités d’hébergement, pas de camping, pas d’hôtel. Cette région que nous traversons, la Valachie, est une zone rurale où aucun touriste ne vient. C’est aussi ce qui fait tout son intérêt…zone rurale plutôt pauvre, 
anciens complexes industriels de l’ère Ceausescu, totalement à l’abandon. Le vent souffle pratiquement en tempête mais au moins c’est dans le bon sens
et nous allons avaler les km sans vraiment nous fatiguer d’autant que les côtes sont quasi inexistantes…nous sommes un peu écartés du Danube que nous apercevons de temps à autre. Les villages sont nombreux le long de la route.
Apparemment les maisons se concentrent le long de cette route où la circulation est très faible. On roule en toute tranquillité. Dans les villages les gens nous saluent, les enfants tendent leurs mains pour frapper dans la notre. Avec le vent violent, la température s’est rafraîchie et les enfants ont mis leur bonnet. 
Les hommes portent également leur coiffure traditionnelle, bonnet très haut, et les femmes souvent habillées en noir, portent un fichu sur leurs cheveux. Parfois on voit des jeunes femmes, sans doute d’origine tziganes qui sont habillées de beaux habits soyeux et brillants. Je ne saurais distinguer les différentes origines ethniques des gens mais beaucoup ont un teint très basané, les cheveux très noirs. L’atmosphère dans les villages me rappelle l’ambiance qui régnait dans les années 50 quand nous allions en vacances chez la grand-mère à Avessac. Charrettes tirées par les chevaux, 
nombreux petits commerces, voitures rares, villageois discutant sur les pas de porte. Atmosphère plutôt paisible, personne ne se presse. Vers 13 heures nous déjeunons d’un hamburger (c’est tout ce que nous avons trouvé…) dans la petite ville de Zimnincea.
Un enterrement a lieu quand nous repartons. Les choristes qui portent les symboles religieux ont bien du mal à maintenir en l’air les sortes d’étendard tant le vent est fort. Ils en rigolent bien d’ailleurs ! L’enterrement n’a pas l’air trop triste. La famille et les proches suivent comme chez nous dans les villages le corbillard à l’intérieur duquel se trouve le défunt que l’on aperçoit derrière une vitre, car apparemment ici les morts ne sont pas enterrés dans un cercueil et sont sans doute ensevelis directement dans un linceul. À quoi sert d’ailleurs un cercueil ! À faire marcher les pompes funèbres ! Un simple drap suffit bien…
Nous reprenons donc la route portés par le vent tempétueux venant de l’Ouest. Sur la fin du parcours, la route est un peu plus difficile car la chaussée est très chaotique, déformée, parsemée de nids de poules, c’est un peu fatigant. Nous arrivons à Giurgiu vers 17H00. Nous trouvons un hôtel très cher…ici peu de choix, on a du mal à trouver le centre de cette ville dont l’entrée offre un spectacle peu reluisant de ruines industrielles. On a l’impression que dans ces zones que nous venons de traverser l’industrie n’est plus qu’une ruine….

Le soir nous retrouvons avec plaisir nos compagnons cyclistes anglais  (un couple écossais et un homme de Sheffield qui a travaillé dans les années 70 en Roumanie à l’installation de presses pour les usines Dacia. Nous dinons ensemble au restaurant de l’hôtel. Eux sont partis de Budapest et vont jusqu’à la Mer Noire. On se reverra certainement sur le parcours. C’est assez amusant sur cette dernière partie car les étapes sont quasiment identiques pour tous les cyclistes compte tenu de la rareté des hébergements. On n'est pas très nombreux sur ce parcours c'est ce qui rend tout cela très convivial....